Agrafes & bouts de ficelles — Ôde aux messy reliures
Staples and string ends ∿ messy bindings

« Agrafes & bouts de ficelles » présente une recherche autour des reliures souples, molles, messy de publications féministes belges contenues dans des archives locales. Il s’agit d’un inventaire de formes relativement accessibles du point de vue de leur production et de trouvailles inventives qui transforment des bouts de ficelles en sublimes reliures.

Ce qui re·lie ces publications rangées dans les archives c’est que ce sont pour la plupart des périodiques (journaux, feuillets mensuels, bimestriels, bulletins…) et qu’elles sont toutes souples, molles. Si on regarde de plus près leur reliure, il s’agit essentiellement d’un cahier, parfois agrafé, parfois tenant simplement par son pli. Certaines de ces éditions, en général de grand format, utilisent des formes qu’on retrouve beaucoup dans les milieux militants, comme l’impression en une ou deux couleurs pétantes/flashy ou l’usage du collage — des esthétiques à la fois impactantes visuellement tout en permettant une certaine économie de moyens. Ces éditions sont malgré tout imprimées en offset et donc avec un tirage important.

D’autres (la majorité, des publications locales belges) empruntent leur formes à des pratiques plutôt bureautiques : format A4 plié en deux, composé et reproduit à la photocopie sur papier blanc et/ou de couleur, contenu tapé à la machine à écrire, ajouts manuels, titres en caractères transfert Letraset… La combinaison de ces formes crée des publications uniques et magnifiques à partir de moyens de production pourtant très standardisés.

Au niveau matériel (design, reliure), on pourrait qualifier ces dernières de * pauvres *, conséquence de leurs conditions de production précaires, mais nous allons suivre l’exemple d’Hito Steyerl avec son texte « In the Defense of the Poor Image » (Pour la Défense de l’Image Pauvre) et au contraire mettre en évidence leurs richesses.

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Agrafes & massicot, Tévé Carbone 2022 — en live depuis le festival Livresse au Vecteur à Charleroi en octobre 2022 👀

L’archivage d’une culture underground, des luttes, et la nécessité de ne pas perdre ces savoirs tient souvent à la détermination et l’énergie de peu de personnes ou de petits groupes. En témoignent les trous de perforatrices dans beaucoup de publications chez RoSa, traces de leur vie chez un·e particulièr·e et de sa tentative de constitution d’archive personnelle, avant que sa collection soit donnée à l’archive, soit par ielle-même, soit par ses proches lors de son décès. (TW : le nombre d’archives qui ont terminé à la poubelle, jetées par des membres de la famille misogynes/homophobes ou qui ne voient juste pas de valeur à ces tas de flyers, tickets, etc…)

Face à ces réalités, on ne peut que rêver d’une multiplication d’archivistes amateurice·s, qui auront appris à chérir des formes de reliures étranges, des restaurateurices du futur qui préserveront les agrafes et autres bizarreries des zines féministes des années 70 à leurs jours, pour les ranger ensuite dans des meubles de bibliothèques accueillants, ouverts, autant de dispositifs permettant de sortir de l’ombre des cartons tous ces trésors de publications <3 ...

Plus de documents dans les archives de RoSa à Bruxelles…