07.10.2021
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24.11.202
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24.11.2021 ∿ 18:30 (GMT) / 19:30 (CET Paris/Brussels)

avec/with the collective mother tongues
∿ Kaya Birch-Skerritt, Marina Georgiou and Vania Gonzalvez
& Clara Pacotte et Charlotte Houette ∿ EAAPES

Happening in the cyberspace ♥ registration to get the link: loraine.furter@kdg.be

🔮 mother tongues is a transdisciplinary research-led project applying decolonial, feminist and queer pedagogies exploring language and identity. Their practice responds to language’s impact on personal and collective empowerment and aims for the democratisation of archival collections and knowledge production. mother tongues is formed collaboratively by Kaya Birch-Skerritt, Marina Georgiou and Vania Gonzalvez.

🌿 EAAPES is a research group exploring queer and feminist positions via the translation and publication of science fictions by women writers as well as essays, interviews, and correspondence between SF writers.

images: mother tongues

07.10.2021 ∿ 14:00-15:30

First session avec/with Clara Pacotte et Charlotte Houette ∿ EAAPES — en français & in English

In Real Life ♥ Sint Lucas Antwerpen, Van Schoonbekestraat 143 2018 Antwerpen, 3rd Floor

INVITATION

Dear all ∿ cherx touxtes,

You are very welcome to join DIY ∿ subversive translation practices, a first moment, discussion and listening session with Clara Pacotte and Charlotte Houette of the project EAAPES, questioning power relations through/with/within translation.

What does it mean to translate something? From which language(s) to which language(s)? With which media? What is gained and lost in translation? What is (re)affirmed and what is subverted? What kind of power relations are embedded in the act of translating? What room for (decolonial, feminist, queer…) emancipation can be found?

🔮

Vous êtes les bienvenu·e·s à la discussion & session d'écoute Pratiques DIY ∿ subversives de traduction, un premier moment avec Clara Pacotte et Charlotte Houette du projet EAAPES, questionnant les rapports de pouvoir à travers/avec/dans la traduction.

Qu'est-ce que c'est de traduire quelque chose? Dans quelle(s) direction(s)? De quelle(s) langue(s) à quelle(s) langue(s)? Avec quels médiums? Qu'est-ce qui peut émerger et être perdu dans la traduction? Qu'est-ce qui est (ré)affirmé et qu'est-ce qui peut être subverti? Quelles relations de pouvoir sont présentes dans l'acte de traduire? Quels espaces d'émancipation (décoloniaux, féministes, queer…) peuvent être trouvés?

Next episode with Mother Tongues — stay tuned!

A project from my doctoral research in Sint Lucas School of Arts Antwerp & ARIA Antwerp University, The politics of publishing: researching encounters between artists’ books and intersectional feminist tools ♥

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07.10.2021 ∿ 14:00-15:30

FR (retranscription complète coming soon!)

Loraine Furter:

Bonjour, bienvenue ! Je vais faire une courte introduction sur la raison pour laquelle cela se passe maintenant et à cet endroit. Je suis Loraine Furter, je suis actuellement doctorante ici à Sint Lucas, et avant cela, je faisais ce projet de recherche en tant que chercheuse indépendante. Et maintenant, je suis payée un salaire à mi-temps pour la recherche, ce qui est un vrai luxe et je suis très heureuse de pouvoir le faire.

Merci beaucoup à Petra Van Brabandt, responsable de la recherche ici à Sint Lucas, aux institutions qui me donnent de l'argent, Sint Lucas/KDG, Uantwerp, ARIA, à Ruth Loos, au Post Collective, et aux nombreuses personnes qui m'entourent et qui qui m'inspirent, ainsi qu'à mes tutrices Kim Gorus et Diana Arbaiza.

Je fais cette recherche sous plusieurs titres en fonction du moment, du contexte, et aussi des sous-projets, mais j'utilise principalement deux titres :

Speaking Volumes — art, activisme et édition. Speaking Volumes est un nom que j'emprunte à une exposition de 1980, organisée par Lucy Lippard, autour de livres d'artistes faits par des femmes.

The politics of publishing: researching encounters between artists’ books and intersectional feminist tools ♥ Les politiques de la publication: rencontres entre livres d’artistes et outils féministes intersectionels

Le terme de livre d'artiste par exemple est parfois utile, mais pour certaines publications ou certains contextes historiques et culturels, ce n'est pas le meilleur terme. Il m'arrive donc de changer de termes pour pouvoir inclure plus d'objets.

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Dans ce projet, je cherche des narrations alternatives autour des publications pour démanteler les hégémonies présentes dans le domaine de l'édition en général et aussi dans le champ de l'art.

faire des histoires

J'utilise souvent cette expression "Faire des histoires", qui signifie à la fois construire des histoires, mais aussi être un peu embêtant·e. J'aime le double sens de cette expression, et c'est aussi une expression qui est utilisée par des philosophes comme Isabelle Stengers, qui est basée en Belgique, et une communauté de sorcières et de penseureuses autour d'elle, comme Donna Haraway, qui utilisent la narration comme un outil puissant, pour nous faire avoir une compréhension différente des réalités. Faire en sorte que d'autres réalités existent.

décanoniser

Il est très important pour moi de ne pas tenter de reconstruire un nouveau canon. Je critique le canon que nous avons actuellement, mais plutôt que de trouver de nouveaux canons, j'essaie de penser au-delà du canon. Par exemple, je m'intéresse aux histoires collectives, pas seulement aux Créateurs singuliers, avec un grand C et aussi souvent aux grandes figures masculines, et j'essaie de trouver d'autres moyens et d'autres types d'histoires. Je m'intéresse aux ragots, aux anecdotes. Tout ça se fait en discussion continue avec des gens qui m'entourent, comme Olivier Marbœuf, ou des groupes comme Decolonizing Design.

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La question de la traduction :

En tant que personne travailleuse culturelle, graphiste, enseignante, et plus récemment chercheuse, j’opère à l’intersection de plusieurs languges.

De langue maternelle française, j’ai dû améliorer mon anglais appris à l’école pour accéder à des contenus que je ne trouvais pas en français (féministe, décoloniaux…)

Je suis maintenant enseignante souvent auprès d’étudianx francophones souvent inconfortables avec l’anglais, ce qui me fait réaliser le manque de ressources en français… En même temps le français est une langue hégémonique qui a souvent été imposée au détriment d’autres langages, et ces manques sont systémiques et ont des raisons historiques. Mes étudianx deviennent aussi de plus en plus multilingues et je voudrais trouver des moyen de se comprendre mutuellement sans perdre les différences et richesse de ces différents langages, sans imposer un langage soi-disant “neutre”.

En parallèle, j’apprends l’arménien une langue perdue au fil des générations dans ma famille et je me retrouve face au manque immense de ressources en arménien

Je me demande donc:

Qu’est-ce que c’est de traduire quelque chose?
Dans quelle(s) direction(s)?
De quelle(s) langue(s)
à quelle(s) langue(s)?
Avec quels médiums?

Qu’est-ce qui peut émerger et être perdu dans la traduction?
Qu’est-ce qui est (ré)affirmé et qu’est-ce qui peut être subverti?
Quelles relations de pouvoir sont présentes dans l’acte de traduire?

Quels espaces d’émancipation (décoloniaux, féministes, queer…) peuvent être trouvés?

J’ai donc imaginé des moments pour en discuter à plusieurs…

Édition féministe

La traduction fait aussi partie d'un type de travail situé autour de la “création”, qui n'ont jamais autant de crédit, de valeur et de prestige. Avec la (copy-)éditing, la correction d'épreuves, mais aussi la dactylographie, la transcription, etc. Et souvent, ces emplois avaient une répartition problématique, où l'Auteur serait un homme (blanc cis de classe supérieure), et les autres seraient des femmes, des non-blancs, etc.

J'aimerais ici célébrer ces pratiques.

J'ai rassemblé des ressources sur cette plateforme [sur laquelle vous lisez cette transcription], que j'ai pensé comme un espace où je pouvais partager avec d'autres des ressources que je trouvais importantes ou qui m'aidaient à penser ces questions de traduction.

Sur cette page, le premier élément est un tampon, que l'on retrouve sur les publications de ce beau projet de Clara Pacotte, qui est ici avec moi ! Malheureusement Charlotte Houette ne peut pas être là avec nous car elle est malade — beaucoup de pensées pour elle. Clara va nous présenter un projet qui s'appelle EAAPES : une série de publications emballées dans des enveloppes, sur lesquelles vous pouvez trouver ces tampons qui disent “Merci de soutenir la science-fiction féministe et queer”. J'ai pensé que ce serait bien d'emmener avec nous ces éléments très physiques dans le cyberespace !

Aujourd'hui Clara va nous parler de ce projet plus en détails. Et puis plus tard, il y aura un deuxième moment avec le collectif mother tongues, qui applique la théorie décoloniale, féministe et queer dans l'exploration du langage et de l'identité. Dans ce deuxième moment, après la présentation de mother tongues, on aura une discussion avec mother tongues, Clara et Charlotte, pour échanger sur leurs pratiques et expériences autour de la traduction. On en saura plus sur les “translation parties”, organisées par mother tongues, ce qui me rend très curieuse !

Je connais Clara Pacotte depuis quelques années, et quand cette question de la traduction est arrivée, j'ai directement pensé au projet EAAPES, qui rend accessible des textes de science-fiction en français et aussi dans d'autres langues, et pour ça elles organisent des séances collectives de traduction. J'étais très curieuse d'en savoir plus sur la façon dont cela se passe, car je n'ai jamais participé à ces sessions de traduction. J'ai envoyé une fois une contribution pour le reader, qui est une traduction de la couverture d'un livre de Joanna Russ, mais ma position est plutôt celle d'une lectrice et d'une fan du projet de Clara et Charlotte.

Clara, est-ce que tu peux te présenter et présenter le projet ?

Clara Pacotte:

Je suis Clara, je suis écrivaine et je fais des films, des faux documentaires, et j'écris aussi de la science fiction. Le projet que je vais vous présenter aujourd'hui est un projet autour de la science fiction et plus précisément de la science fiction féministe.

On a commencé ce projet avec Charlotte en 2017, dans une structure nommée la Cheapest University — une université gratuite, crée menée par des artistes à Paris, sans espace fixe.

En 2017, on avait un espace dans le centre de Paris, et on s'est réuni·es autour d'un livre de Joanna Russ, qui est une écrivaine de SF lesbienne des États-Unis, morte il y a environ 10 ans. Elle a écrit un livre qui s'appelle "To Write Like a Woman", un recueil d'essais sur la science-fiction, et sur le fait d'être une femme autrice dans différents domaines, par exemple à l'université (elle était enseignante). On a donc commencé à lire ce livre et on a remarqué qu'il n'était pas traduit en français, comme beaucoup de livres. Avec Charlotte on a décidé de réunir des personnes qui s'y intéressaient pour traduire au moins un essai. La première chose a été de se réunir dans cette pièce. Mais évidemment, quand on se rencontre ça ouvre des portes et on a commencé à faire des recherches sur d'autres autrices dont elle parlait dans le texte. C'est devenu une énorme quantité de matériaux sur la SF, et c'est pourquoi on a commencé à publier les “readers”. Les readers rassemblent tout ce qu'on a trouvé dans nos recherches : des interviews d'autrices ou d'éditrices, des textes originaux, des textes anciens dans différentes langues traduits en français. Il y a aussi des choses qui n'étaient plus publiées en français, qu'on a retraduites parce qu'elles étaient mal traduites à l'époque, quand personne ne s'intéressait à la SF écrite par des femmes...

Loraine : Est-ce que tu peux en donner un exemple ?

Clara: Quand on cherche sur internet le texte de SF féministe le plus célèbre, on trouve facilement ce livre qui s'appelle "The Female Man", de Joanna Russ, et en français ce titre a été traduit en "L'autre moitié de l'homme" ! Ce qui est une très mauvaise traduction… Tout le livre est mal traduit. Toutes les traductions datent des années 1980, je sais que c'était avant Google Translate, mais on dirait que c'est un très vieil ordinateur qui l'a traduit. Parfois, ça ne veut rien dire.

Donc, avec Charlotte, on continue à faire plus de recherches, et on le fait avec un groupe de 15-20 personnes qui sont intéressées à traduire des textes avec nous, et parfois ielles arrivent avec d'autres textes qu'ielles voudraient ajouter aux readers... On donne aussi des ateliers dans les écoles d'art...

Loraine : Et très concrètement, comment vous vous y prenez pour les traductions ?

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Clara : quand on prépare le reader, on rassemble un tas de textes, et puis on demande aux personnes qui sont intéressées de choisir un texte qu'elles aimeraient traduire, parfois elles en choisissent 2-3, et c'est complètement libre, parce qu'on n'est pas des traducteurices professionnel·les. Chaque personne fait comme elle peut. La seule règle, si on peut parler de règle, c'est d'utiliser l'écriture inclusive. En anglais, ce n'est pas si difficile, parce que vous pouvez utiliser des pronoms non binaires [they], mais le français, comme l'espagnol, est une langue très genrée, tout y est genré, les adjectifs, etc. Il faut donc toujours réfléchir à la manière de le dé-masculiniser, car en français, le masculin est considéré comme le genre neutre, et on essaie d'éviter ça. Il y a plusieurs façons de gérer ça, plusieurs techniques, mais on laisse les personnes qui traduisent choisir. On n'a pas une règle pour tout le monde.

Techniquement, certain·es utilisent des outils en ligne comme Deepl, un traducteur algorithmique, qui n'est pas Google Translate, et devient de plus en plus précis au fur et à mesure que les gens l'utilisent. Vous pouvez traduire de longs textes, c'est vraiment pratique et rapide, et ensuite vous pouvez parcourir le texte et le corriger. C'est très utile pour ce type de projets, parce que l'objectif principal est de donner accès à ces textes et de réfléchir à la manière dont on peut traiter des questions féministes à travers ces textes. Certains sont très anciens et on doit donc réfléchir à ce qu'on traduit — parfois, dans un texte, l'autrice ne pensait pas à certaines inclusions, peut-être qu'il y a 30 ou 40 ans, elle ne pensait pas aux personnes non-binaires par exemple. Ainsi, lorsque vous traduisez, vous devez vous demander si vous ne transformez pas le contenu du texte. Le féminisme évolue vite... En anglais les mots n'ont pas de genre donc parfois on ne sait pas, quand il est écrit "writers", si le texte parle uniquement des femmes écrivaines ou non, et alors on doit deviner ou supposer.

Loraine : Encore une fois, pour revenir à l'exemple de The Female Man, comment vous l'avez traduit au final ? Il me semble que c'est un bon exemple parce que votre proposition inclut l'invention de nouveaux mots, et ça va assez bien avec la science-fiction...

Clara : On détestait tellement cette traduction (“La seconde moitié de l'homme”) qu'on l'a retraduite en — je ne sais pas trop comment prononcer ça — “Le Femâle”.

Loraine : Vous avez fait 4 ou 5 readers, n'est-ce pas ? Est-ce qu'il y a eu une évolution entre le premier et le dernier ou vous gardez une approche similaire ?

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Clara : On a plus de personnes qui traduisent maintenant. C'est une bonne chose, parce que ça prend beaucoup de temps ! On fait aussi plus d'interviews, et plus de langues. La première publication contenait uniquement des textes en anglais. On s'est dit que ce n'était pas représentatif de notre projet, et on a essayé de trouver des personnes qui puissent traduire d'autres langues. Par exemple, je peux traduire l'espagnol et l'anglais, Charlotte peut traduire l'anglais, une autre personne peut traduire l'italien, et une autre le russe. La plupart des textes qu'on avait était essentiellement en anglais et des États-Unis et maintenant on essaie d'avoir des choses de plusieurs endroits.

Parfois, on doit aussi traduire à partir de traductions. Par exemple, on a trouvé beaucoup de nouvelles d'écrivains chinois et on ne connait personne qui puisse traduire du chinois gratuitement, donc dans ces cas on traduit à partir de la version anglaise. On est donc parfois assez loin du texte original, mais bon, on n'a pas accès aux versions chinoises. Pareil pour le japonais. L'idéal serait d'avoir une équipe d'environ 15 langues différentes !

Loraine : Ça me semble poser la question de l'économie du projet. C'est en partie pour ça que j'ai utilisé ce terme de DIY — je ne sais pas si vous vous identifiez à ce mot ? Quel genre de mots tu utiliserais pour expliquer le fonctionnement du projet pour le moment ?

Clara : C'est un peu difficile de mettre un mot dessus. Je dirais alternatif, mais c'est peut-être un peu large... Le truc c'est que d'un côté on a ces publications qui sont vraiment low-tech: juste des impressions en noir et blanc… Mais on reçoit aussi des subventions parfois. Par exemple, on a reçu une subvention artistique d'une institution française pour aller dans les archives de cette femme sur laquelle on travaille. Parfois on est aussi invités dans des écoles ou des musées, donc c'est un peu double... Mais ça reste toujours alternatif, on ne gagne pas vraiment d'argent avec ça, on le fait sur notre temps libre, mais si on n'était pas invitées par des institutions ça ne serait pas possible, ou personne ne connaitrait le projet…

Loraine : Ça vous aide à diffuser ce travail... Est-ce que vous pouvez nous parler de ce projet supplémentaire que vous faites, dans les archives de Joanna Russ et Tiptree. Comment vous vous êtes retrouvés...

Clara : Aux USA ? Oui, donc nous avons obtenu une subvention, il y a 3 ans, et nous sommes allées dans l'Oregon, c'est en haut de la Californie. Nous sommes allées dans une très petite ville universitaire appelée Eugene, où sont stockées toutes les archives de Joanna Russ, parce qu'elle n'avait pas d'enfants, elle était lesbienne et n'a jamais été mariée à personne, ce qui pour l'époque était assez impressionnant. C'était une vraie militante. Elle a donné tous ses papiers à l'université. Toutes les images que vous voyez proviennent de cette bibliothèque où nous avons passé cinq jours à fouiller dans de nombreuses boîtes. Il s'agissait principalement de correspondance avec d'autres écrivains, comme James Tiptree, qui est un autre écrivain qui se cachait sous une identité masculine avant de se révéler en tant que femme. Elle a été publiée en tant qu'homme pendant de nombreuses années. Et ils sont devenus amis, avant même qu'elle ne sache qui c'était. Donc il y avait toute la correspondance, et c'est comme 20-40 boîtes de lettres et de manuscrits, la quantité est incroyable. Ce n'est pas un grand tournant dans le projet parce que nous savions que cela existait avant, mais l'urgence de rendre cela accessible fait juste partie du projet. Parce que c'est vraiment important de créer une généalogie dans la science-fiction féministe

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Maintenant ça devient plus à la mode d'utiliser la science-fiction dans l'art, et depuis 3 ans c'est un peu partout, tout le monde parle de sorcières et d'inventer de nouveaux mondes, d'écologie dans le futur et ce genre de choses. Je ne sais pas comment c'est ici, mais en France c'est comme s'il se trouve que ça existe maintenant et personne ne parle vraiment de quoi que ce soit d'avant les années 2000, à part peut-être Donna Haraway, et elle est la plus grande, ou Ursula Le Guin, qui est la plus célèbre, mais toutes les autres n'existent pas...

Le projet a pris une nouvelle dimension, nous voulions donner une visibilité à toutes ces femmes qui inventaient déjà ces mondes et ces réalités alternatives, et qui parlaient aussi de leur vie et de leur intimité. Par exemple à travers ces lettres qui sont complètement liées aux histoires qu'elles inventaient. Et elles font aussi partie de l'histoire du féminisme, qui n'est pas connue et dont on ne parle pas.

Toutes ces archives étaient super bouleversantes... ça donne juste envie de tout traduire et de tout publier pour que tout le monde sache !

[note de Loraine pendant qu'elle transcrit et traduit : wowwww...]

A propos de la publication, quel type de licences utilisez-vous ? (ou pas ?) Je parlais avec Marnie Slater, une amie et collègue, et elle se posait la question, parce que dans la loi sur le droit d'auteur, une traduction a son propre droit d'auteur, parce que c'est comme une œuvre originale... Je veux dire bien sûr que c'est une sorte de droit d'auteur en couches parce que vous avez la couche de l'œuvre originale dans sa langue d'origine et puis vous avez une couche supérieure de la traduction. Mais ici si je me souviens bien c'est plus du genre pirate?

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Le truc c'est que nous avons l'autorisation de publier les textes qui sont écrits maintenant, pour les lecteurs, ou nous leur demandons, et nous ne publions pas leurs œuvres s'ils ne veulent pas apparaître. Mais pour les traductions, nous traduisons les textes et ensuite c'est complètement pirate. Parce que nous n'avons pas d'argent. On gagne de l'argent en vendant les lecteurs mais on garde l'argent pour acheter des livres et créer une bibliothèque spécialisée en féminisme & science-fiction. En parallèle, nous préparons un livre sur Joanna House, avec une vraie maison d'édition, en France, et pour ce faire, ils achètent tous les droits des textes que nous avons traduits. Le problème est qu'avec ce genre de choses, il faut attendre environ 3 ans avant de publier l'ouvrage. Nous sommes en train de discuter des droits avec la maison d'édition, les personnes qui détiennent les droits veulent vérifier la traduction, donner des autorisations pour tout, comme pour une simple lettre, il faut demander aux personnes à qui appartient la lettre, aux personnes qui ont écrit la lettre, donc ça prend des siècles ! Depuis le début avec Charlotte, on a fait ce premier lecteur, et puis on s'est dit qu'on devrait peut-être demander, mais on s'est rendu compte que si on demandait chaque texte, on ne publierait jamais rien... Donc on a décidé de ne pas demander la permission, mais peut-être qu'un jour les gens vont venir vers nous... Mais aussi on ne gagne pas d'argent, ce n'est pas comme si on gagnait des millions.

Haha, en effet, et ce n'est pas pour faire la police que je demandais cela car je pense qu'il y a beaucoup de gros problèmes avec ce système de droit d'auteur. Comme vous l'avez dit avec l'héritage de Joanna Russ, elle a décidé de le donner. Ce qui n'est pas toujours le cas, certaines personnes peuvent être responsables de ce que vous avez mais en fait ne pas s'en soucier, cela peut même être votre famille qui ne se soucie pas de vos affaires et parfois même les jette - donc cela ne signifie pas qu'ils ont une autorité très intéressante sur ce que vous laissez... J'ai fait ce projet de traduction de la couverture de "How to Suppress Women's Writing", qui est un autre livre de Joanna Russ, qui parle de toutes les façons dont les femmes ont été écartées du statut d'écrivain. J'aime beaucoup la couverture parce qu'elle donne déjà beaucoup d'arguments sur les raisons et des exemples d'écrivains... Elle est aussi dans le lecteur bleu. C'est uniquement du texte, avec des parenthèses... Ça donne déjà un peu le sentiment ou un aperçu de ce qu'il y a dans le livre, donc je me suis dit que c'est une couverture qui dit tellement de choses, je vais la traduire en français. Et puis j'ai été invité à présenter un travail de recherche dans une biennale de design à Sharjah aux Emirats Unis, et pour ce contexte nous avons décidé avec les curateurs et l'équipe locale de faire une traduction de cette couverture en arabe. J'ai demandé l'autorisation pour la version française, et j'étais très intéressé de savoir ce qui se passerait si je demandais l'autorisation...

SUITE À VENIR (retranscription + traduction DIY en cours… vous pouvez écouter l'audio en anglais en attendant!)

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07.10.2021 ∿ 14:00-15:30

EN (full transcript coming soon!)

Loraine Furter:

Hello, welcome! I'm going to give a short introduction on why this is happening now and in this place. I am Loraine Furter, I'm currently a PhD student here in Sint Lucas, and before that I was doing this research project as an independent researcher. And now I am paid a half time wage for research, which is a real luxury and I'm very happy to be able to do that.

Warm thank yous to Petra Van Brabandt, head of research here, the institutions who are giving me money for this Sint Lucas/KDG, Uantwerp, ARIA, Ruth Loos, The Post Collective, and the many people around me who are very inspiring, and to my tutors Kim Gorus and Diana Arbaiza.

I'm doing this research under several titles depending on the moment, on the context, and also on sub-projects, but I'm mainly using two titles:

Speaking Volumes — art, activism and publishing, which is a name that I'm borrowing, from an exhibition in the 1980s, that was organized by Lucy Lippard, around women artists' publictions.

The politics of publishing: researching encounters between artists’ books and intersectional feminist tools ♥

For instance, the term artist's book is sometimes useful, but for some publications or contexts that's not the moste useful title. I'm often switching terms, in order to be able to include more objects.

In this project I’m looking for alternative storytelling around publications to dismantle hegemonies that are present in the field of publishing in general, and also publishing in the arts.

faire des histoires

I'm often using this expression, in French, which is hard to translate in English, “Faire des histoires”, which means both construct stories, make stories, but also means making a fuss, or being a bit annoying. And I like the double meaning of this expression, and it is also an expression that is used by philosophers like Isabelle Stengers, who is based in Belgium, and a community of witches and thinkers around her, like Donna Haraway as well, who are using storytelling as a powerful tool, to make us have a different understanding of realities. And making other realities actually.

decanonize

Something quite important for me is not to rebuild a new canon. I'm criticizing the canon that we have already, but rather than finding new canons I think we should think beyond the canon. For instance, I'm interested in collective stories, not only on singular Creators, with a big C and also often big male figures, but trying to find other ways and also different kinds of stories. I'm interested in gossips, in anecdotes. And this is done in continuous discussion with people around me, such as Olivier Marbœuf, or groups like Decolonizing Design, etc.

The issue of translation:

As a person, a student, a cultural worker, teacher and more recently a researcher, I'm often operating at the crossroads of several languages. I'm a mothertongued French-speaker, and I had to improve my school-level English during my studies in graphic design, to be able to access contents I couldn't find in French — feminist and decolonial contents for instance. Now I'm a teacher often working with French speaking students, and very often meeting people who don't feel comfortable with English. I'm trying to address and work on the lack of resources in French regarding decolonial and feminist (publishing) practices. At the same time, French was and still is a hegemonic language which was so often imposed with the destruction of other languages. While I'm often translating things in French for my peers, or wishing more translations or things in French existed, or writing myself in French, I also need to acknowledge that this lack is systemic and has historical reasons which I/we should keep in mind. My students are also becoming more and more mutilingual and I want to find ways for mutual understanding and sharing without loosing the differences and the richness of each person's culture and languages, without imposing a so-called “neutral” hegemonic language. Parallel to that, I'm trying to learn Armenian, a language lost through the generations in my family because of forced migration and assimilation processes, and in this process I'm facing even more the lack of resources in Armenian in my field.

I was thus wondering: What does it mean to translate something? From which language(s) to which language(s)? With which media? What is gained and lost in translation? What is (re)affirmed and what is subverted? What kind of power relations are embedded in the act of translating? What room for (decolonial, feminist, queer…) emancipation can be found?

And wanted to gather people to think with me!

Feminist editing

I also think, translation is part of a type of work situated around “creation”, that never get as much credit, value and prestige. Along with (copy-)editing, proofreading, but also typing, transcribing, etc. And often, these jobs had a problematic repartition, were the Author would be a (white cis upper-class) male, and the others would be female, non-white, etc.

I want us here to celebrate these practices.

In order to think about and practice translation, I put together a list of resources on this platform [on which you are reading this transcript!], that I made as a space where I could share with others resources that I found very important or that helped me think about translation.

On this page, the first item is a stamp, that can be found on the publications of this beautiful project by Clara Pacotte, who is here with me! And unfortunately Charlotte Houette cannot be there with us because she is sick, lots of thoughts for her. Clara will present a project that is called EAAPES: a series of publications that are stored in envelopes, and on it you can find these stamps that read “Thank you to support feminist and queer science fiction”. So I thought it would be nice to take with us these very physical elements into cyberspace!

Then we will go more in details with Clara about this project. And then later there will be a second moment with the collective mother tongues, which is applying decolonial, feminist and queer theory in exploring language and identity. In this second moment, after mother tongues' presentation we will have a discussion with them, Clara and Charlotte, to exchange about practices and experiences around translation. mother tongues are doing translation parties, which I'm very curious and excited about!

I'm briefly going to introduce Clara Pacotte, whom I know for a few years, and when I thought about this question of translation, I directly thought about the EAAPES project, which is making texts of science fiction accessible in French and also in other languages, and for some of them it is also re-publishing them in English, doing these amazing readers and organizing collective sessions of translation. I was very curious to know more about how this happens, as I've never been in one of these translation sessions. I sent once a contribution for the reader, which is a translation of the cover of a book by Joanna Russ, but my position is more that of a reader and fan of the project of Clara and Charlotte.

Clara, could you present yourself and the project?

Clara Pacotte:

I'm Clara, I'm a writer and I make films, fake documentaries, and I also write science fiction. The project I'm going to present to you today is a project around science fiction and more specifically feminist science fiction.

We started this project with Charlotte in 2017, in a structure called the Cheapest University - a free, artist-led university created in Paris, with no space, depending on where and when we could meet.

In 2017, we had a room in the center of Paris, and we gathered around a book by Joanna Russ, who is a lesbian SF writer from the USA, she died like 10 years ago. She wrote a book called “To Write Like a Woman”. It's gathering essays about not only science fiction but also about being a woman writer in different fields, for instance university (she was also a teacher). So we started to read that book and we noticed it was not translated into French, as many books, and with Charlotte we decided to gather people who were interested in it to translate at least one essay. So the first thing was coming together in this room. But obviously when you meet, it opens some doors, and we started to do research about other authors she was talking about in the text, and it became a huge amount of materials about SF, and that's why we started publishing the readers. The readers are gathering all the things that we have been investigating: interviews that we've done of writers or publishers, original texts, also old texts in different languages that we could translate into French. Also things that were not published anymore in French, that we re-translated because they were badly translated at that time, when no one cared about SF written by women…

Loraine: Can you give an example?

Clara: Well, when you look on the internet for the most famous feminist SF text, you can easily find this book called “The Female Man”, by Joanna Russ, and in French, they translated the title in “L'autre moitié de l'homme”, which means “the other half of the man”! Which is a really bad translation, and all the book is badly translated. All the translations are from the 1980s, I know it was before Google Translate, but it sounds like a really old computer translated it. Sometimes it doesn't even mean anything.

So, with Charlotte we keep on researching more, and we do it with a group of 15-20 people who are really interested in translating texts with us, and sometimes they come up with other texts that they would like to add to the readers… We give workshops in art schools…

Loraine: And very practically, how do you do the translations? How do re-do translations?

Clara: when we do the publication, we gather a bunch of texts, and then we ask the people who are interested to pick one text they would like to translate, sometimes they pick 2-3, and it's completely free, because no one is a professional translator, or maybe only 2 people that do it like very well, but all the others are doing it as they can. The only rule, if we can call it that way, is to use inclusive writing. In English it is not that hard, because you can use non-binary pronouns [they] but for French, or like Spanish, it is very gendered, all the stuff are gendered, adjectives, everything. So you always have to think about how to make it non-masculine, because in French the masculine is considered as the neutral gender, and we are trying to avoid that. There are several ways of dealing with that, several techniques, but we let the people who translate choose. We don't have one rule for everyone.

And technically, some of them use online tools like Deepl, an algorythmic translator, it's not Google Translate, and it's becoming more and more accurate as people are using it, so you can translate really large texts, it's really practical and fast, and then you just go through the text and correct it. It's very useful for this type of projects, because the main purpose is to give access to these texts and also think about how you can deal with all the feminism issues in those texts, because some are really old so we have to think about what we are translating — sometimes in a text the woman writer wasn't thinking about some inclusions, maybe 30 or 40 years ago they were not thinking about non-binary people for example. So when you're translating you also have to think about if you're not transforming what the text is about. Feminism evolves so fast… In English sometimes you don't know, because the words don't have gender, if it's written “writers”, you don't know if the text is only talking about women writers or not, so you have to guess or assume. This is more the kind of issues we have, to make the text understandable in French.

Loraine: Again, coming back to the example of The Female Man — how did you translate it in the end? Because I have the feeling it relates to inventing new words, new worlds, and it goes quite well with science fiction…

Clara: We hated this bad translation so much (“La seconde moitié de l'homme”), we re-translated it into — I don't really know how to pronounce it — “Le Femâle”.

Loraine: You've made 4 or 5 readers, isn't it? Was there an evolution between the first one to the last one or are you keeping a similar approach?

Clara: We have more people who translate now. That's good, because it takes a lot of time! We are also doing more interviews, and also more languages. The first one was only English texts. And we thought it wasn't fair to the project, and we tried to find people who can translate other languages. Like, I can translate Spanish and English, Charlotte can translate English, we have someone who translate Italian, another one Russian. So we are trying to find stuff from other countries, because most of the things we had was in English and coming from the US basically.

Sometimes we also have to translate from translations. For example we found lots of short stories by Chinese writers and we don't know anyone who can translate from Chinese, for free, so we translate it from teh English version. So it's far away from the original text, but we don't have access to the Chinese ones. And also from Japanese. The ideal would be to have a team of like 15 different languages!

Loraine: This makes me wonder about the economy of the project. That's also why I used this term DIY — I don't know if you identify with this word? What kind of word you would use to explain how the project works for the moment?

Clara: It's a bit difficult to put a word on it. I would say alternative, but it's maybe a bit wide… The thing is that on one side we have these publications that are really low-tech, if I can say that, just black and white print, but we also rely on grants sometimes. Like we had a grant from a French institution for art, to go in the archive of that woman we were working on. Also sometimes we are invited in schools or museums, so it's a bit double… It's still alternative, we're not earning any money with it, we are doing it on our free time, but it would be sustainable or nobody would know about it if we wouldn't be invited in institutions and schools.

Loraine: It helps spreading this work… Can you tell us about this extra project that you are doing, into the archives of Joanna Russ, and Tiptree. How and you ended up…

Clara: In the US? Yes, so we got a grant, 3 years ago, and we went to Oregon, it's up California. We went to a really small university town called Eugene, were all the archives of Joanna Russ are stored, because she had no kids, she was a lesbian and never married to anyone, which for the time was quite impressive. She was really an activist. She gave all her papers to the university there. All of the images you see are from this library where we spent 5 days digging into lots of boxes. It was mainly correspondence with other writers, like James Tiptree, who is another writer who was hiding under a man identity before coming out as a woman. She was published as a man for many many years. And they became friends, before she even knew who it was. So there was all the correspondence, and it's like 20-40 boxes of letters and manuscripts, the amount is incredible. It's not a big turn in the project because we knew this existed before, but the urge of making this accessible is just part of the project. Because it's really important to create a genealogy in the feminist sci-fi

Now it's getting more fashionable to use science fiction in art, and for 3 years now it's kind of everywhere, everyone is talking about witches and inventing new worlds, ecology in the future and this kind of things. I don't know how it is here, but in France it's like it just happens to exist now and no one is really talking about anything from before the 2000, unless maybe Donna Haraway, and she's the biggest one, or Ursula Le Guin, who is the most famous one, but all the other ones don't exist…

The project took a new dimension, we wanted to give visibility to all these women who were already inventing these worlds and alternative realities, and also talking about their lives and intimacy. For instance through these letters that are completely related to the stories they were inventing. And they are also part of the history of feminism, which is not known and not talked about.

All these archives were super overwhelming… it just makes you want to translate everything and publish everything so everybody knows!

[note from Loraine as she is transcribing & translating: wowwww…]

About publishing, what kind of licenses are you using? (or not using?) I was talking with Marnie Slater, a friend and colleague, and she was wondering about that, because in the copyright law, a translation has its own copyright, because it's like an original work… I mean of course it's a sort of layered copyright because you have the layer of the original work in its original language and then you have an above layer of the translation. But here if I remember well it's more like pirate?

The thing is that we have the permission to publish the texts that are written now, for the readers, or we ask them, and we don't publish their works if they don't want to appear. But for the translations we translate the texts and then it's completely pirate. Because we don't have any money. We earn money selling the readers but we keep the money to buy books and create a specialized library in feminism & science fiction. On the side we are preparing a book on Joanna House, with a real publishing house, in France, and for this thing they are buying all the rights of the texts we translated. The thing is that with this kind of stuff you have to wait for like 3 years before you publish the work. We're now talking with the publishing house about the rights, the people who own the rights want to check the translation, give permissions to everything, like just for a letter you have to ask the people who were owning the letter, the people who wrote the letter, so it takes ages! From the start with Charlotte we did this first reader, and then we thought, maybe we should ask, but we realized that if we asked for every single text we would never publish anything… So we decided not to ask permission, but maybe some day people are going to come to us… But also we are not making any money, it's not as if we were earning millions.

Haha, indeed, and it was not to make the police that I was asking that because I think there are many big problems with this system of copyright. As you said with the legacy of Joanna Russ, she decided to give it. Which is not always the case, some people can be in charge of what you have but actually don't care, it might even be your family that doesn't care about your stuff and sometimes even throw it away — so it doesn't mean that they have a very interesting authority on what you leave… I was doing this project of translating the cover of “How to Suppress Women's Writing”, which is another book by Joanna Russ, which talks about all the ways that women were discarded from being writers. I really like the cover because it already gives many arguments of why and examples of writers… It is also in the blue reader. It is only text based, with parenthesis… It already gives a bit the feeling or a preview of what is in the book, so I thought that's a cover that says so many things, I'm going to translate it in French. And then I was invited to present research work in a design biennale in Sharjah in the United Emirates, and for this context we decided with the curators and local team to do a translation of this cover in Arabic. I asked the permission for the French version, and I was very intersted in knowing what would happen if I asked the permission…

(TO BE CONTINUED — DIY process ;) — in the meantime you can listen to the full audio recording above)

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clouds coming from the 1980 Speaking Volumes exhibition’s flyer, presumably drawn by Lucy Lippard

EAAPES est un groupe de recherche, de lecture et de traduction réuni autour des féminismes et des questions de genre dans la science-fiction, mené en collaboration avec Charlotte Houette. Cette initiative est proposée au sein de The Cheapest University, une école expérimentale et gratuite créée par des artistes désireuses de partager leurs savoirs autrement tout en prolongeant leurs recherches personnelles par le biais de nouvelles formes collectives.

Octopus Practices & Pirates in Translation with Clara Pacotte — Brave New Lit ♥ Sherida Kuffour
Translation Parties

Mother Tongues

〰️ applying decolonial and queer concepts in exploring language 〰️ translation parties 〰️

mother tongues is an interdisciplinary and research-led project applying decolonial, feminist and queer theory in exploring language and identity.

“Translation as Recording

[…] Some info on Translation Parties: During the Translation Parties we translate selections from zines, pamphlets and periodicals from collections such as the Feminist Library, 56A and Mayday Rooms. The translation parties facilitate a space for participants to discuss issues around translation, celebrate our multilingual histories through diy translation, encourage interaction with historical materials as well as engage with and challenge the language used around collections. We also explore the possibility of research taking the form of action.”

Mother Tongues
Mother Tongues Library Guide

tijuana> grupos de leitura e tradução sobre o trabalho editorial independente

Em um cenário distante da possibilidade de trocas presenciais, a tijuana propõe encontros virtuais de aprofundamento do trabalho editorial independente. Nos encontros, textos em português, espanhol e inglês são a base para debates sobre o que, como, e por que publicar. O exercício de leitura se estende ao de tradução colaborativa de escritos que trazem à tona a essência do ato de publicar de forma independente. As inscrições são gratuitas e abertas para todos os níveis de português, inglês, e espanhol.

https://cargocollective.com/tijuana
group # 01 Soap, Fabio Morais

« Ce livre est mon adieu à l’anglais » : Ngugi wa Thiong’o, romancier kényan, n’y va pas par quatre chemins, il décide que désormais, il n’écrira plus qu’en kikuyu. Pour un auteur dont les œuvres sont largement diffusées dans le monde anglophone, c’est une lourde décision, dont Décoloniser l’esprit, écrit en 1986, explique les raisons. L’origine remonte à une « Conférence des écrivains africains de langue anglaise », organisée en 1962, en Ouganda : elle excluait les auteurs écrivant dans l’une ou l’autre des langues africaines, et le jeune Ngugi se posait alors la question : « Comment a-t-il été possible que nous, écrivains africains, fassions preuve de tant de faiblesse dans la défense de nos propres langues et de tant d’avidité dans la revendication de langues étrangères, à commencer par celles de nos colonisateurs ? »

Ngugi wa Thiong'o dénonce l'aliénation qui l'a conduit, comme beaucoup d'autres auteurs africains francophones et anglophones, à bâtir pendant des décennies sans même s'en rendre compte une oeuvre - aux thèmes pourtant anticoloniaux - dans une langue à laquelle la majorité de ses concitoyens ne pouvait avoir accès. À l'opposé du reniement de soi, Ngugi wa Thiong'o invite les auteurs africains à devenir les Homère et les Shakespeare de leur langue maternelle, à bâtir de grandes ouvres fondatrices dont leur peuple puisse se revendiquer. Défi revigorant d'une littérature tout entière à construire encore, capable de réveiller la fierté et la conscience d'un peuple.

Ngugi wa Thiong’o, Décoloniser l'esprit, La Fabrique, 2011, traduction de Decolonizing the mind, East African Publishers, 1986.
Clara Balaguer
Lecture et conversation autour de « Bleu Pays » — 27:05 — questions de traduction par Lotte Arndt
Juliette Rousseau dans «Traduire», épisode 8 du podcast «La mécanique du livre» par les Éditions du commun
Amy Suo Wu & Zhuxin Wang, The Choice of a Translator — The New Nüshu, 2017

“The editors mediate, at times, translate, between the reader and the writer. With translation comes politics, questions of transparency and opacity, of accessibility and refusal. When editing ENL writers, how to resist translating them to (into) “New Yorker” (italicize) English? When writing, translating and editing, how to not perpetuate the patriarchy of the monolingual nation-state, the colonizer,? How to preserve the texture and poetics of a voice translating itself without celebrating the error or failure of the “outsider”—all tropes assigned to the non-Western other, or that we, non-Westerners, sometimes deliberately occupy.”

Mirene Arsanios, Many Englishes: On Editing and Power, 2017 — Mophradat Library
Mirene Arsanios, Many Englishes: On Editing and Power, 2017

Fehras Publishing Practices

ON TRANSLATION

On Translations conference derives from an understanding that translation encompasses processes of erasure – in colonial language and epistemologies, as well as in contemporary transnational and globalised communication. At the same time it asks what the potential capacities of translation are, when understood as sites of inhabitation and less as a transition or middle passage from the original to the translated text.

https://fehraspublishingpractices.org/Dates

Series Of Institutional Terms

A few months ago, we at Fehras Publishing Practices began looking at a phenomenon of the past decade we refer to as “the transformation of modern Arabic in the context of the rise of Arab cultural institutions”. Our focus and interest in the transformation of Arabic is part of a larger research titled Institutional Terms, a project that concerns itself with the emergence of a language specific to bilingual art publications issued in the last decade in the EMNA (East Mediterranean and North Africa) region. Our research is structured around four topics: bilingualism, institution, translation, and the production of cultural dictionaries.

[…]

Bilingualism and translation play critical roles in understanding the web of transaction governing contemporary art production, and bilingual publications raise urgent questions concerning translation, its methods, and purposes. Since the rise of postcolonial studies, translation is no longer merely a linguistic tool but can be considered as a political and cultural instrument of representation. Bilingualism in art publications isn’t restricted to linguistic matters and terminology. It reflects structural power relations; how can a discourse that emerged in a specific cultural context be transferred and represented in another? Could translation be where the power of one culture over another demonstrates itself in language?

[…]

Bilingual art publications, the experience of translation, the formation of new terms as well as the production of cultural dictionaries and its relation to artistic work and art historiography all intersect in a web of complex relations involving knowledge transfer and power structures between cultures.

[…]

Institutional Terms is concerned with the creation of an institutional Arabic language uncritically used, globally shared, and mostly determined by cultural funding policies.

What are the possibilities, however, of experiencing a linguistic alternative outside of cultural institutions today? There is an urgency and need for the creation of a language representing an Arabic cultural discourse that is not only the product of a global art language but that also accounts for and is in dialogue with different fields such as literature and science. This change comes with the responsibility of researching language, developing terminology, and understanding the act of translation in its political and social dimensions. In publishing terms: to what extent can art publications —the child of institutional language — be a means of critique and generator of language and art?

https://fehraspublishingpractices.org/Institutional-Terms

Translating Activism Writing Workshop

This is a cross-cultural writing workshop with Dalit Author Kalyani Thakur where a series of exercises and discussions with authors, translators and scholars will help you to craft your own short translated reworkings of Thakur’s writing that express your own forms of political commitment and social identity.

https://www.nottinghamcontemporary.org/whats-on/translating-activism-writing-workshop/

Art, sexe, musique et traduction, Fanny Quément, Panthère Première 7, 2021
drawing ∿ Moustapha Moussa Guissé